Actualités et coups de coeur : L'hexane, le nouveau scandale sanitaire

By Ginie Treize - 9/10/2026



Le 25 juin 2026, " France 2 " diffusait dans son émission Cash Investigation un bilan alarmant des polluants de notre alimentation, relatant la présence d'hexane dans de nombreux produits du quotidien tels que l'huile alimentaire, le beurre, le poulet, le lait, ou encore le lait infantile.

Le travail des journalistes de " France Télévision " y mentionnait et confirmait ainsi les dénonciations de l'utilisation abusive et nocive de l'hexane par l'agro-industrie, tel que précédemment mises au jour par l'association " Greenpeace France ". Cette dernière avait en effet déjà publié les résultats de son enquête sur l'hexane, un hydrocarbure issu du pétrole et solvant massivement employé dans la production d'huiles alimentaires et l'alimentation animale, dans un article paru le 22 septembre 2025.

Les révélations sulfureuses de 2025 avaient alors été partiellement démenties par une autre organisation, l'association " Que Choisir ", qui publiait le 26 décembre 2025 un article dans lequel elle pointait du doigt une obscure machination économique, expliquant entre autres, que les chercheurs qui avaient donné l'alerte sur la dangerosité de ce produit travaillaient, dans le même temps, à l'élaboration d'un solvant et substitut concurrent.

Sans remettre en cause la nocivité avérée de cet auxiliaire de préparation, " Que Choisir " mettait en garde sur les véritables motivations de ces lanceurs d'alerte, au risque de ne faire que remplacer un produit délétère par un autre.

Mais alors, qu'est-ce que l'hexane, et son impact sur la santé publique ?


Nous l'avons évoqué, l'hexane est un hydrocarbure usité pour dissoudre des graines oléagineuses (colza, tournesol, soja...) et en maximiser les rendements industriels.

Le recours à ce solvant, en circuit fermé (et donc en majeure partie réutilisable en le passant tour à tour de l'état liquide à l'état gazeux), permet donc de limiter les déchets liés à l'étape de l'extraction des huiles végétales.

C'est après cette étape qu'il se retrouve dans d'autres aliments que les huiles, puisque les déchets de cette industrie, communément dénommés " tourteaux " (résidus de graines) sont ensuite réemployés dans l'enrichissement de l'alimentation des bétails (bovins, porcins, ovins, caprins, volailles).

Si les tourteaux constituent un apport essentiel pour l'équilibre alimentaire des bétails, le problème relevé ici est que c'est entre 30% et 60% de l'hexane utilisé qui demeure après extraction, contaminant de fait les bétails, et la chaine de consommation de produits animaux, allant de la viande au lait et ses diverses transformations (beurre, crème fraîche, fromage, lait infantile) en passant par les oeufs.

Aujourd'hui, l'Union Européenne limite la dose d'hexane maximale relevable dans un tourteau issu de cette industrie à 1 mg/kg dans les huiles et beurre de cacao, à 10mg/kg dans les produits protéiques dégraissés et farines dégraissées (jusqu'à 30 mg/kg pour certains produits de soja vendus au consommateur final), et 5 mg/kg pour les germes de céréales dégraissés (directive européenne 2009/32/CE).

Absent des listes d'ingrédients de nos emballages alimentaires, il bénéficie en Europe d'une invisibilisation liée à son statut " d'auxiliaire technologique ".

Il existe des solvants alternatifs moins nocifs tels que le Co² supercritique, le 2-métyloxolane et l'extraction aqueuse enzymatique, mais leur mise en place impliquerait une totale refonte des infrastructures industrielles pour un coût substantiel, principale raison de la réticence des industriels à la modification de leurs usages (ceci très bien étayé dans un article de "La Ruche qui dit Oui", tous les liens en fin de cet article).

En agriculture biologique l'hexane est formellement interdit.
Celle-ci conserve donc une méthode moins lucrative et ancestrale, consistant à presser à froid les graines, sans chauffage excessif, garantissant non seulement l'exemption de résidu chimique, mais également la pleine et entière préservation de ses qualités nutritionnelles.

Le procédé mécanique à froid apporte un rendement de 85% à 89%, et induit donc une perte d'huile de l'ordre de 8% à 12% par rapport à la technique chimique, dont le rendement se situe autour est de 97%.

Le jeu en vaut-il la chandelle ?


Voici la question que consommateurs, industriels et administrateurs d'Etat devraient instruire.

En France, l'intoxication professionnelle par l'hexane, via inhalation ou manipulation, est déjà reconnue comme maladie professionnelle depuis 1973, notamment pour ses atteintes neurologiques et les polynévrites (troubles sensitifs et moteurs allant des fourmillements à la paralysie de membres en passant par la perte de sensibilité).

Il est important de relever que si l'hexane est principalement employé dans l'industrie des huiles, son usage ne se restreint pas à ce domaine. 
Il affecte dès lors bien plus notre environnement que ce qui est déterminé dans le débat public.

Ce solvant est utilisé dans de nombreux secteurs :

- dégraissant des cuirs et textiles;
- solvant de polymérisation pour la fabrication de plastiques et caoutchoucs synthétiques (comme le polyéthylène ou le polypropylène);
- présent dans les colles à séchage rapide, les mastics et les rubans adhésifs (notamment pour l'assemblage de chaussures ou de meubles);
- nettoyant et dégraissant de pièces mécaniques, circuits imprimés ou machines industrielles;
- diluant dans certains revêtements industriels pour accélérer le temps de séchage (peintures, vernis);
- solvant non polaire de référence en chromatographie et en spectrométrie (laboratoires de recherche).

En l'état actuel de nos connaissances, nous savons que l'hexane :

- attaque le système nerveux central et périphérique;
- s'accumule dans l'organisme et provoque donc des neuropathie;
- est un perturbateur endocrinien aux effets reprotoxiques (qui nuit au développement foetal - fausse  couche, retard de croissance, malformation anatomique structurelle et irréversible - et qui altère la fertilité);
- est fortement suspecté, par une exposition prolongée, de contribuer à l'apparition de maladies neurodégénératives à l'instar de la maladie de Parkinson.

Ces 8% à 12% valent-ils les risque et poids sanitaires qui seront supportés par notre société et ses concitoyens ?

Pour l'heure, il n'existe aucun chiffrage du coût financier ou macroéconomique des pathologies développées des suites d'une exposition à l'hexane et les données publiques ne permettent pas d'établir ce diagnostique.


Article et mise en page : Ginie 13
Copyright 2026.09.09
Tous droits réservés




Sources : La Ruche qui dit Oui (mars 2026), Fédération Nationale des Industries des Corps Gras (septembre 2025), Que Choisir (décembre 2025), Greenpeace (juin 2026).

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